La maison de Bouna Meïr.

  • Auteur(s) : Camus
  • Visite(s) : 222
  • Popularité : 21
  • commentaire(s) : 2
  • Publié le : lundi 23 février 2009

En bref

Ton avenir ma chère
Est dans ton sein de mère
Et de ton pont arrière,
Éclatera le tonnerre.


Pendant la semaine de deuil, la Chivâa *, on parle sans arrêt du papi, très actif et très généreux. Voici une anecdote rapportée par une connaissance nommée Lahmar (Le rouge).

El-zerat.*

Bouna Méir, surnommé - à cause de sa profession : - El G’ridi : le colporteur en langue Arabe. Son travail, consistant de voyager à dos d’âne, de village en village, de hameau en hameau, proposant sa marchandise achetée dans les villes : des casseroles des marmites, des bougies, des allumettes et un tas d’objets et d’ustensiles nécessaires dans chaque foyer. Il achète à son retour dans les villages des produits demandée à Sfax.

L’aïeul étant très apprécié pour son efficacité et sa bonne humeur, est souvent invité. Nombreux le nomment : Jédi Meir.

Convié à une noce, dans un trou perdu pas loin de Ben Garden (sur la frontière de Lybie), il y arrive bien habillé, son âne tout pomponné et de rubans rouges le décorant.

Or voilà qu’au cours de la réception, un bruit incongru éclate du côté de la jeune mariée, de blanc habillée et couronnée de fleurs d’oranger. Les convives sont ébahis, des murmures de réprobation sont chuchotés, et du coin de la famille du mari, c’est la contrariété totale. On s’attend à beaucoup plus de politesse de la part d’une harroussa*. Des menaces fusent dans l’air, des éclairs s’allument dans les yeux et on s’attend au pire. C’est alors que le Grand Père sauve la situation.

— Je m’excuse Mesdames et Messieurs, Siedi ou Sadati. Il se courbe dans une grande révérence, plein de charme. Il étale un grand sourire, et demande une seconde fois pardon. Vous voyez, je suis désolé de ma conduite impolie. Ce pet m’a échappé.

— Mais le pet venait du côté de la mariée, fait remarquer l’un des convives.

— Vous vous trompez Sidi, cela venait de moi. Zret li, dit-il, c’est par étourderie. Il a échappé seul.

Ainsi Bouna Méïr tire la haroussa d’un mauvais pas. On lui fut gré de sa bienveillance, de la part de la mariée, et on le couvre de présents. Mais son meilleur cadeau fut la bonne action, qu’il a eu l’occasion de faire, ce qui le remplit de joie. Mais il a droit au pseudonyme pas sympa : El zarat : le péteur.
Avant de prendre congé de la jeune épouse, il l’a bénie en ces termes :

Yarra khadamek men hzamek
Barroudek men tramek
Ouzg’arak fi hjamek.
Ou en Français :
Ton avenir ma chère
Est dans ton sein de mère
Et de ton pont arrière,
Éclatera le tonnerre.

Ce qui veut dire en somme, que l’avenir de la maman est dans les enfants qu’elle enfantera, les pets n’étant qu’une manifestation normale et saine.

Une autre anecdote est racontée par Rebecca sa parente, cette dois concernant la défunte Sméha décédée quatre ans plus tôt en 1932.

La guérisseuse.

Rebecca raconte :

« Mamie Sméha ayant le don de soigner les foulures et les entorses, tient à transmettre son savoir à sa petite fille portant le même nom, Miha la fille de Chlomo. Elle le fait deux mois après sa mort ».

Un frisson parcourt l’assemblée. Des petits cris sont poussés par les dames. Rebecca continue de sa voix nonchalante, trainant l’histoire à dessein.

« Elle apparaît donc, une nuit noire sans lune... »

"Wow ! s’écrient les jeune filles. Maman" !

« Mamie Sméha fait son apparition à minuit sonnant, dans le rêve de Miha. Son visage est entouré d’une aura. Elle est belle, comme une sainte. Elle secoue légèrement sa petite-fille :

— Miha ! Réveille-toi ! J’ai un message à te transmettre, je le tiens de ma grand-mère et je te l’attribue.

— Mamie, comme je t’ai languie !

— Ã‰coute-moi bien mon amour. Je te passe la main. Je vais exercer sur tes membres les modes de soins pour les luxations, déboîtements, fêlures et autres bobos.

— Vas-y chère Mamie, je t’écoute. Je meurs d’envie d’apprendre.

— Tu meurs d’envie, mais moi je suis morte tu le sais. Laisse-moi t’expliquer avant que ton réveil ne nous sépare.

Ensuite Mamie Sméha enseigne à la jeune-fille, tous les secrets de son art. Les exercices, exemples, explications, éclaircissements sont réalisés avec une patience inouïe, longuement et en détails. Miha prend la main et s’exerce. Tant et si bien, qu’avant l’aube, Sméha la bénie de la paume de sa main et lui dit :

— Ma toute petite, tu es sacrée guérisseuse. Et elle disparait. Miha se réveille souriante, mais ne dit mot de son rêve" ».

Un frémissement parcourt les personnes présentes. Rebecca conclue :

« Sméha est venue me trouver la même nuit dans mon rêve et elle m’a expressément demandé de recommander à Miha de ne rien dire et de taire son rêve, durant quatre ans, ou à la mort de Bouna Meïr. Bouna Meïr est parti et quatre ans sont passés ».

— Miha tu es guérisseuse ? demande sa cousine Marie fille d’Itzhak.

— Bien entendu, je pense bien que oui, je sais toutes les dérobés de cette pratique.

— Tu en est sûre ?

— Saute de la terrasse ma chère et si te te foules la cheville, je ferais mes essais sur toi. Je te promets un prompt rétablissement.

— Hum !...

Ne quittez pas, on se retrouvera dans quelques jours.


El-zerat.* : Le pêteur

Harroussa* : Jeune mariée.

  • > La maison de Bouna Meïr. , le 1er mars 2009, par sabine

    j’ai bien aimé ces 2 histoires, vivement la suite

    • > La maison de Bouna Meïr. , le 2 mars 2009, par Camus

      Je m’en occupe chére Sabine. Le bonjour à Roland.

Page valide Valid HTML 4.01!HTML 4.01, Valid CSS!CSS et accessible Level Double-A conformance 1.0, W3C-WAI Web ContentAA.